Valorisation de la laine de brebis : le collectif et Géraldine

ROC NANTAIS (Aveyron)

« On en avait un peu marre que notre laine soit considérée comme un sous-produit, alors on a monté notre propre collectif « 

La rencontre a lieu lors du marché paysan de Montredon. Géraldine installe sur une petite table des vêtements en laine.

Après s’être renseignée légitiment sur la personne à qui elle a affaire et sur le type de média qui l’interroge, elle accepte bien volontiers de répondre à nos questions. 

Elle entame la discussion par une jolie expression « Les points étant mis sur les i : dites-moi ! ».

Géraldine installe sur une petite table des vêtements en laine - Photo © JJF 2018

C’est la première année qu’elle vient comme exposant au marché de Montredon. « Je le connaissais de l’autre côté, celui du visiteur, mais même de ce côté-là, c’est très sympa ».

« Vous faites des vêtements en laine ? Pas du tout dit-elle »

A la question « donc vous faites des vêtements en laine ? Elle répond fermement « Non. Pas du tout. Je suis éleveuse de brebis sur le Causse Bégon au-dessus du Roc Nantais ».

Alors qu’est-ce qui peut bien justifier sa présence devant un tel étal ?

Géraldine parle vite.  Son récit, son dynamisme, vous emmènent dans les montagnes. A l’écouter, on respire l’odeur du thym, on entend les cloches des brebis qui tintent, on voit la couleur fauve de l’herbe,  sauvage, séchée au soleil, on sent la  brise montagnarde, un peu fraiche qui descend du mont Aigoual tout proche. Tout y est, le décor est posé.

Eleveuses de brebis Raïoles.

Elle est éleveuse de brebis sur le causse Bégon, au-dessus de Nant en Sud-Aveyron.Depuis 2011, elle est membre d’un collectif : le syndicat des éleveurs de brebis Raïoles.

« Ce sont des savoir-faire qui se perdent. »

Qui dit brebis dit aussi laine. Elle explique avec beaucoup de pédagogie le problème de la laine.  « La laine existe depuis longtemps en France. Il y a toute une tradition. Aujourd’hui, trouver des artisans ou des petites industries qui lavent, qui tricotent, qui filent ou qui transforment, c’est quasiment devenu impossible, même dans les Cévennes.

En plus, les gens qui viennent acheter notre laine nous disent que ça ne vaut rien ». A ses yeux, c’est un produit qui n’est pas du tout valorisé.

Prouver que la laine est un vrai produit et non un déchet.

En 2015, le ras le bol s’installe. « On en a eu un peu marre que notre laine soit considérée comme un sous-produit. On s’est dit qu’on allait se prendre en main et prouver que la laine est un vrai produit et non un déchet.

On veut un circuit de transformation, le plus court possible afin de savoir qui travaille notre laine et dans quelles conditions et avoir un volume de laine suffisant pour pouvoir la travailler ».

« La raïole est une race locale qui est menacée... »

Ce n’est pas l’argent qui motive Géraldine. « Je vis des animaux. Là, c’est quand même une démarche au-delà de l’animal. C’est une question de sauvegarde », poursuit-elle. La brebis raïole est d’origine cévenole. « La raïole est une race locale qui est menacée. Il n’y en a plus beaucoup. L’idée est aussi de garder cette génétique-là. J’ai toujours élevé des raïoles. J’en ai très peu. Ce qui m’intéresse, c’est de faire quelque chose qui ait du sens ».

Brebis avec ses agneaux dans une jasse (bergerie caussenarde traditionnelle) à Saint Martin du Larzac - Photo © JJF 2018

Une question de sauvegarde

Géraldine poursuit son propos avec enthousiasme. .  « On se dit que la laine est tout à fait dans cette démarche. Je ne vends pas la laine plus chère. Par contre, en termes d’éthique : c’est riche. »

Pendant la phase de démarrage, le parc national des Cévennes a mis à disposition des éleveurs, un spécialiste.

« Il était très motivé par le projet », poursuit Géraldine, très animée par le sujet, qu’elle sait rendre passionnant.  « Il est venu avec un technicien aussi emballé par le projet qui avait beaucoup de connaissances sur la laine. On a fait des études sur notre laine. Ils nous ont montré comment la trier. Ils nous ont bien aidé au départ et depuis, on a pris le relais ».

La façon de trier la laine en fait sa richesse !

Géraldine est formelle. Le tri de la laine après tonte, c’est ce qui en fait la richesse.

« C’est essentiel. Si tu fais n’importe quoi comme tri, la laine ne sera pas bien valorisée.

La tonte ce n’est pas un souci. On fait venir des tondeurs professionnels.

La partie tri, c’est quand même lourd. On s’entraide parce que c’est une grosse journée. On tourne. On fait deux ou trois chantiers de tonte chacun. Ce qui fait que tout le monde est couvert. On a pris une personne référente, qui est une fille d’éleveur, afin que nous triions tous et toujours de la même façon. Lors du tri, si on ne fait pas attention, on prend le risque de se caler sur le niveau moyen et c’est dommage. L’embauche évite cela. Ça reste un petit job de 2 mois. »

Tous les éleveurs n’ont pas la même laine

Parce qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Même s’il s’agit la même race de brebis, tous les éleveurs n’ont pas la même laine. Les conditions d’élevage diffèrent. « Je suis quasiment à 900 mètres d’altitude » explique Géraldine. « Il y en a qui sont vers Brissac ou Ganges. Ils sont plus bas, même s’ils transhument vers l’Aigoual. L’hiver, ils sont en bas. Les laines sont plus courtes plus feutrées ».

La date de tonte joue aussi.

« Ceux qui sont en bas, ils aiment bien tondre tôt en mars. Moi, j’aime bien tondre tard, vers fin mai. Ce qu’il vous faut, c’est faire un chantier de tonte. Vous verrez, il y a vraiment pour nous, des moments un peu clés. »

Sur le Larzac, les brebis sont un symbole. Ici, découpées dans du métal, fixées au bout d'une longue tige en bord de la RD 809 , pour être vue de loin, elles indiquent la maison du Larzac- Photo © JJF 2018

Les gens font des achats militants

Sur le marché, elle est étonnée de se rendre compte que le sujet intéresse beaucoup de visiteurs. Il faut avouer qu’elle en parle avec passion. Elle est particulièrement descriptive, explicative et précise. Cela lui offre une occasion de plus de faire connaître son métier.

« Pas mal de gens achètent des choses un peu chères. Ce sont des achats militants de la part de gens qui sont séduits par la démarche. Chaque année, on améliore nos produits. C’est de la production collective. On a commencé par les chaussettes en laine, après on a eu les bonnets, les pulls. Ensuite, on a fait de la laine tissée. On a aussi du feutre. On espère arriver à faire un site marchand sur internet pour être un peu plus connu, mais on y va doucement ».

Plateau du Larzac. Le hameau de Montredon - Lieu de la rencontre avec Géraldine - Photo © JJF 2018

Sur le plateau du Larzac, à Montredon, tous les mercredis de juillet et d’août, se tient le marché paysan. La rareté de l’évènement est un prétexte pour une série d’articles en sept épisodes.

Pour découvrir le contenu de chaque épisode, Cliquez ci-dessous sur ceux de votre choix.

L’épisode 1 est consacré à cet événement rare qui n’a lieu que 8 fois par an : Le marchè paysan.

L’épisode 2 est un florilège de rencontres avec les producteurs du marché.

L’épisode 3 présente la librairie éphémère installée dans l’ancienne bergerie.

L’épisode 4 est une interview du reporter photographe Martin Barzilai, auteur de l’ouvrage Refuzniks, qui est venu à Montredon dédicacer son livre.

L’épisode 5  raconte l’histoire du hameau qui est devenu un symbole. Celui de la lutte gagnée par les paysans contre l’extension du camp du Larzac en 1981. José Bové en fut un des visages emblématiques.

L’épisode 6 voyage sur cette terre aride qu’est le plateau du Larzac où Montredon est implanté.

L’épisode 7 est un reportage photo qui illustre le Larzac sous ses différents aspects

La rencontre avec Géraldine a lieu lors du reportage au marché paysan de Montredon. Géraldine est éleveuse de brebis sur le causse Bégon, au-dessus de Nant .Depuis 2011, elle est membre d’un collectif : le syndicat des éleveurs de brebis Raïoles.Qui dit brebis dit aussi laine. Elle nous explique avec talent et pédagogie le problème de la laine.  

Les commentaires sont fermés.