Marseille

Reportage

Lylou en mer

L’association Marseillaise Boud'mer préserve et fait (re)vivre le patrimoine maritime méditerranéen.

Il en a vu des mers et des vagues Lylou. Fabriqué localement, non loin de Marseille, à la Seyne sur mer, c’est un voilier habitable de 8,50 m, tout en bois. Depuis 1964, il navigue  sur la grande bleue. Alors qu’il est amarré à Port Camargue, en 2015, il devient la propriété de l’association Boud’mer qui le ramène à Marseille et lui fait retrouver la région des calanques.

« Nous aimons les bateaux de pêche traditionnels et les voiliers en boisPour préserver et faire vivre ce patrimoine maritime, nous aimons naviguer, souvent, et avec tous« , c’est ainsi que se présente l’association Boud’Mer sur son site internet.

Ce ne sont pas que des mots. Patrick, son Président, précise « on a 5 bateaux qui naviguent. On cherche du financement pour achever la restauration d’un autre : Mercedes. C’est une barquette marseillaise de 5,80 m construite en 1913 ». Cela fait déjà un an qu’elle est en chantier à l’association. Il manque 12.000 euros pour la finir. Son originalité est historique. Elle vient du chantier Ruoppolo.

Un émigré à l’origine de la barquette Marseillaise

André Ruoppolo est un napolitain, charpentier de marine. A la fin du XIX ème siècle, il émigre à Marseille.Il s’inspire des barques traditionnelles Italiennes « Gozzi » qu’il adapte aux besoins des pécheurs puis des plaisanciers Marseillais. Pendant un siècle, le père, puis le fils et enfin l’arrière petit-fils, fabriquent jusque dans les années 80, plus d’un millier de barquettes Marseillaises. Ces bateaux sont aussi connus sous le nom de « Pointus ».

Des milliers d’heures de bénévolat pour entretenir la flotte de l’association

Le budget de l’association est de 50.000 euros annuels auxquels s’ajoute plus de 3.000 heures de travail des bénévoles. Cela concerne l’entretien des bateaux, mais aussi l’encadrement de manifestations culturelles ou d’actions d’insertion comme avec le Centre éducatif les Cèdres où chaque semaine, une sortie en mer est organisée au bénéfice de jeunes sous PJJ (protection judiciaire de la jeunesse).

La mise à terre, un mal nécessaire pour garantir la mise à l’eau et la navigation sécurisée.

Ce mardi de début février, le temps est au beau, mais le vent en rafales, rafraîchit les oreilles. Comme on dit ici : « ca pince » !

En sortie du vieux port de Marseille, ou en entrée selon le sens de la navigation que l’on choisit, sur la zone technique dite de la Réserve dans la petite Anse, c‘est à terre qu’on trouve Lylou.

Le sloop, c’est son type de voilier, est installé et calé sur un solide chariot en métal : un ber roulant. Comme un enfant sur son berceau, il est prêt à être cajolé par quelques bénévoles de l’association. C’est l’heure de l’entretien annuel.  Nettoyage, carénage, ponçage, vernissage, il subit un ensemble d’opérations de remise en forme.

Un mois environ est nécessaire pour tout faire. Le voilier naviguant toute l’année, c’est le seul moment de pause dans son programme.

L’association Boud’Mer est très dynamique. Toute au long de l’année, les activités s’enchainent. Outre la réhabilitation des bateaux, elle organise de nombreuses sorties en mer, des participations a des évènements (Septembre en mer), des actions  eco citoyennes (nettoyages de sites du littoral) ou encore l’accueil une fois par mois de jeunes adultes en difficultés d’apprentissage. Mais ce n’est pas tout.

Au-delà de l’entretien nécessaire, le chantier de carénage est pour l’association une occasion unique pour transmettre les savoirs faire aux adhérents, initier les jeunes aux métiers de la mer et accueillir des publics en insertion.

9 h 00, les bénévoles arrivent progressivement. À chacun sa trousse à outils et ses habitudes. Le soleil illumine déjà le voilier et le Pharo, situé juste au-dessus, domine la situation. Ici, au niveau, zéro, la vue est large et ouverte sur le vieux port. L’anse de la réserve est l’extrémité juste avant la mer. C’est un abri. En face, sur l’autre rive trônent le fort Saint-Jean et le désormais célèbre Mucem. Entre les deux, en son milieu, coule le bras de mer. Des bateaux de pêche, de promenade et des voiliers sont transportés par l’eau comme s’ils étaient sur un tapis roulant. Aujourd’hui, la mer est calme. La sortie est paisible et facile.

L’association est très engagée à plus d’un titre, au niveau humain, en termes de transmission des savoirs entre les générations, ainsi que sur le sujet de la protection de l’environnement .

« Pendant un mois, deux BTS environnement sont venus en stage », explique Patrick Georges – Président

L’association qualifie aussi des pilotes spécifiques sur  barquettes « pointus » de 6 à 7 m. De telles embarcations ne se manœuvrent pas comme n’importe quel bateau de plaisance. « Le poids est important. Il y a une forte inertie et une impérieuse nécessite d’anticiper les manœuvres », poursuit Patrick Georges.

Outre de terminer la restauration de « Mercedes », l’association souhaite organiser des sorties en mer sur plusieurs jours comme pour aller rendre visite aux « pointus » de Sanary sur mer dans le var. Le trajet pourrait se faire à plusieurs barquettes et sur une semaine aller et retour.

Toute l’équipe est arrivée sur le chantier. Les jeunes du Lycée professionnel Poinso-Chapuis organisés en deux équipes, s’emparent des outils nécessaires pour calfater  la coque pour les uns, refaire une bordure arrachée sur le pont pour les autres.

Une fois la maintenance terminée, Lylou retrouvera sa mer. Le vent dans les voiles, les vagues sous la coque, accompagnent déjà le sourire des membres de l’association, leurs amis et leurs invités. Qu’ils soient petits ou grands, valides ou handicapés, libres ou sous protection judiciaire ou encore en grande difficulté, ils sont tous très heureux de partager ensemble, à la fois un petit bout de mistral, un petit morceau de patrimoine, et un grand moment de convivialité. Un instant d’humanité sincère,  si bien écrit par un voisin Sétois qui composa les copains d’abord.

Pour aller plus loin : Association Boud’mer Marseille, association de bateaux barquettes partagés

Textes et Photographies  © JJF 2019