Les folles 24 heures des bénévoles du festival « les Internationales de la Guitare (IG) »

MONTPELLIER

Pluies, galères, camions perdus, panne de courant, rien ne les arrête, rien ne les démotive : ils sont à fond. Pendant 24 heures, leurs corps et leurs âmes ne font qu’un. Chacune et chacun fait corps avec l’équipe. Julien, Elie, Thomas et Florent, ont choisi d’être bénévoles. Cette année encore, ils sont au cœur des 24 heures démentes du festival « Les internationales de la guitare ».

Carte du parcours

C’est le joyau du festival « Les internationales de la guitare » qui se tient en Occitanie du 22 septembre au 13 octobre. En 2018, c’est la 23e édition. Très attendues chaque année, « les 24 heures dément(es) », c’est leur nom, est un moment à part. A Montpellier, pendant 24 heures, folles, démentes, le week-end du 29 au 30 septembre,  dans 10 lieux différents, sur 5 km de distance, s’enchaînent 10 concerts gratuits. C’est pratiquement un toutes les heures. Pendant 24 heurs le temps se focalise sur la musique. Pour certains il s’arrête. Plus rien n’existe d’autre. Ils se consacrent totalement et uniquement aux concerts des « 24 heures démentes ». Le marathon musical commence pour les spectateurs mais aussi pour les bénévoles.

Tout à leurs missions  de monter et démonter la scène, d’installer les chaises. d’accueillir les artistes, les festivaliers, les techniciens, de trouver des solutions, les bénévoles du festival sont sur le pont. Pour cette phase très particulière du festival,  ils vont chercher en eux, au plus profond, ce qu’ils ont de meilleur pour assurer le bon déroulement des festivités. Quoi qu’il arrive, ou presque pendant 24 heures non stop.

Au total, ils sont une vingtaine, organisés en deux équipes. Chacune assure un concert sur deux.

48 heures avant le jour J, nous interrogeons, Julien, Elie, Thomas et Florent. Ils sont impatients. Ils rêvent d’y être. Chacun décrit à sa manière cette course folle. Phrases hautes en couleurs, riches de vécu et de ressenti, heureuses, elles traduisent toutes, une sensibilité différente. Cinq mots reviennent pourtant pour décrire leurs 24 heures : émotion, tension, communion, attention et passion.

Photo © Louis Clerc

Émotion

Les lieux des concerts, hors du commun, sont une des marques de fabrique des 24 heures : « Improbables » pour Florent, « insolites, toujours très beaux » pour Elie, « atypiques, incroyables » pour Julien qui poursuit : « emmener le public dans ces espaces, c’est hyper riche. C’est tellement agréable de voir que le public apprécie ». Cette année sont au programme, entre autres, le foyer de l’Opéra Comédie, l’Antirouille, la Nef, la résidence Castellanes, le Jardin des Plantes, l’hôtel Haguenot, la Boutique Agnès B … Évidement la musique et les artistes sont aussi une source d’émotions fortes.

« Se lever le matin et écouter du Flamenco, joué par Tomatito à l’opéra comédie, voir la salle se lever et battre la mesure, c’est un grand moment » explique Florent dont la voix porte encore l’intensité du spectacle.

Tension

« 8 h 30, on arrive sur le lieu prévu pour le premier concert » se souvient Julien. « Une porte cochère donne sur une grande entrée avec un son incroyable, et là, alors qu’on doit installer, on croise des gens qui sont en plein déménagement ». On imagine aisément la contrariété des bénévoles, dont le temps est compté. Ils doivent monter la scène, amener la sono, préparer les chaises…« Chaque fois, avec la bonne volonté des uns et des autres, tout s’arrange », reprend Julien. 

« On est aussi là pour gérer l’imprévu et il y en a pas mal ».

Un camion qui n’arrive pas à temps ou qui est perdu dans la ville, la météo qui menace un concert en plein air, les sources de tensions sont nombreuses. La nouveauté de cette année est le risque que certains artistes arrivent à la nouvelle gare TGV de Montpellier, loin de tout et qu’ils se perdent.

Remonte, à l’esprit de Thomas, ce moment critique, juste avant de démarrer un concert.

« La balance de l’artiste, c’est l’ultime réglage du son, avant le concert. Le courant saute. Aucun réglage n’est mémorisé, il faut tout reprendre en un temps record alors que le public est déjà installé et attend ».

Communion

C’est là qu’intervient la magie miraculeuse du festival. C’est un savant mélange, une sorte d’alchimie entre artistes, équipes, public, qui opère et qui ,transforme les fortes tensions en une impressionnante communion. « À cause de la panne », poursuit Thomas, « on a un peu de retard sur l’horaire prévu. Il y a un grand brouhaha dans la salle. Ce n’est pas de l’énervement, mais certainement un peu d’impatience. Le courant revenu, l’artiste se met à jouer.

D’un coup net, brusque, inattendu, la salle se tait. Ce silence brutal est impressionnant ».

Julien s’en souvient aussi : « le musicien fait des espèces de spirales sonores. Ça me fait tellement triper, qu’après ce moment de forte tension, je commence à m’endormir. Il fait voyager le public qui se balance sur sa chaise. C’est un moment magique ».

Elie se souvient aussi de ce jour à tendance orageuse, au jardin des plantes : « l’artiste nous a prévenu, s’il pleut, je replie tout ». Il joue environ 20 minutes quand trois gouttes tombent, puis quatre, puis cinq. Le public n’est bien évidemment pas au courant de la position de l’artiste.

« Dans l’équipe, on se regarde avec angoisse ».

 « Un monsieur âgé se lève. Il va vers la scène, il ouvre un parapluie et se met à gauche du musicien. Un autre fait de même et se met à sa droite. Du coup le musicien continue de jouer. Eux, avec leurs parapluies ouverts, ils n’ont pas bougé pendant toute la durée du concert.

À la fin, c’est une sacrée ambiance. Une drôle d’atmosphère. Un mélange de solidarité, de courage au service de la musique. Quelque chose qui dépasse tout le monde ».

Julien confirme, « j’ai vu des concerts où je ne serais jamais allé de moi-même. Certains m’ont même beaucoup ému. Quand tu te rends compte qu’à côté de toi, quelqu’un que tu ne connais pas est dans le même état, c’est… Il y a une sorte de communion ».

Attention

Guider le public, accompagner les artistes, aider les techniciens, coller des affiches, faire l’accueil, placer les véhicules sur les parkings, gérer la buvette, ils sont polyvalents. Ils vont là où le besoin est. Il y a chez ces bénévoles un profond et sincère sens du dévouement.

Pour que chaque concert soit aux petits oignons, chacun veille et porte son attention à ce que tout se passe bien, pour le public, l’artiste et l’endroit. « Il faut parfois rassurer le propriétaire du lieu, surtout quand c’est dans un magasin » dit Elie.

« Chaque fois, l’équipe du festival nous remercie », dit Florent, « chaque fois, je leur dis qu’égoïstement, j’y trouve un immense intérêt ».

Passion

Décrire en quelques mots les motivations des bénévoles est un peu réduire leur générosité.

Pour Elie, qui s’est engagé auprès du festival à 19 ans et il en a 6 de plus aujourd’hui, « c’est 100 % plaisir ».

Pour Thomas, 33 ans, informaticien, le bonheur est multiple, « c’est diamétralement opposé à mon travail. Il y a le contact avec le public, les artistes. C’est un évènement qui a une dimension particulière ».

Florent, 40 ans, dans l’informatique également, dit : « Maintenant, j’écoute les artistes avant d’aller au festival. J’ai découvert pleins de groupes que je n’aurais jamais écouté de moi-même. C’est une porte ouverte ».

Julien, la quarantaine, baigne dans la culture et la musique depuis qu’il est né. Il semble addict aux 24 heures dément(es) : « Tout le monde n’est pas musicien, tout le monde n’est pas artiste, mais tout le monde est mélomane. Le festival, c’est une façon de participer à l’expansion d’un projet, à une aventure humaine. Il y a l’avant spectacle et l’après-spectacle. La culture, ça évite de devenir stupide. C’est une forme de voyage. Comme un restaurant où tous les jours, tu goûtes un plat de pays différent. Il y a aussi un petit côté enfantin, parce que c’est l’émerveillement, la découverte ».

Attendues par le public, ces 24 heures dément(es) sont aussi une belle histoire pour les bénévoles « pour peu que tu sois curieux et que tu aimes l’esprit saltimbanque, c’est du pur plaisir. Ça crée du lien social », conclu Julien. Être bénévole au festival créé de nombreuses amitiés, et dit-on, aussi quelques couples.

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