Montredon. Episode 2 – Les rencontres

MONTREDON

  Michel de la Ferme de Lamayou

Michel, de la ferme de Lamayou – Photo © JJF 2018

« Après 30 ans dans la grande distribution, ici, je revis ! »

« C’est un marché qu’on fait tous les ans depuis 2013. On est à Lamayou, à 5/6 km d’ici », dit Michel. Il est producteur fermier de fromages de chèvre. « On transforme le lait tous les jours, de février à fin octobre. On a 75 chèvres à la traite plus 23 petites pour la saison prochaine. On a une clientèle fidèle et établie. Il y a aussi les estivants. La première semaine, ils viennent visiter et manger un morceau. La deuxième semaine, ils viennent faire des provisions pour emporter à la famille ». Michel est un homme souriant, son regard sympathique, sa voix calme et ses mots précis.

Tout semble indiquer un homme heureux.

« J’ai 30 ans d’activités dans la grande distribution. Il y a eu un plan de restructuration. J’en avais ras-le-bol, alors j’en ai profité. J’ai fait une reconversion professionnelle que je ne regrette pas. Je revis ! ».

David de la ferme des Truels

David de la ferme des Truels – Photo © JJF 2018

« On cherche un cinquième associé. »

David, 43 ans, installe des pains charnus, bien dorés sur l’étal qui est devant lui. « Je ne suis pas boulanger. Normalement, je m’occupe des animaux, des brebis, et des chèvres. On fait de la transformation directe et indirecte. Cette année on a eu un petit souci. Du coup, on n’a pas pu finir la saison. On a plus grand-chose. Il nous reste un peu de tome de brebis. » « On est quatre associés, on cherche un cinquième ».

Le pain est historique. La Ferme des Truels, est une ferme qui pendant la lutte contre l’extension du camp du Larzac (1971-1981 lire l’article sur l’épisode 5 consacré au hameau de Montredon ) était occupée par la communauté de l’Arche. Cette communauté non-violente et pacifiste, a été fondée par Lanza del Vasto en 1948. La communauté a été dissoute il y a quelques années au profit d’un GAEC, Groupement Agricole d’Exploitation en Commun. « Il y a toujours eu du pain qui y a été fait par la communauté. La demande de pains a perduré après. On s’est mis à produire le blé et le pain », explique David.

 Quand on lui demande de décrire son quotidien, David n’hésites pas un seul instant et répond clairement. « C’est un choix de vie. C’est une vie de paysan agriculteur. C’est vrai que le fait d’être ici sur le plateau [du Larzac] il y a quand même une dynamique particulière. C’est vrai que c’est agréable de faire ce métier ici de par l’entourage. Il y a une bonne dynamique et la possibilité de faire de bons produits. » La clientèle est là, fidèle. La demande lui permet de vivre de son travail. « Il faut dire que l’on s’occupe de toute la filière. On élève. On transforme. On produit. C’est ce qui nous permet de vivre de notre travail ». Quant à savoir s’il y a un renouvellement possible pour prendre la suite plus tard, David ne semble pas inquiet. « Il y a un renouvellement qui se fait. Normalement, il y a une personne jeune, de 22/23 qui veut s’installer. Bon ça ne se bouscule pas au portillon, mais il y a encore des gens que ça intéresse. » Selon le site de l’eco-camping situé à deux pas de Montredon, « Le Larzac est encore le seul lieu en France où le nombre de paysans est en constante augmentation. »

Magali de Villeveyrac

 Denis & Magali de Villeveyrac – Photo © JJF 2018

« Ici, il y a l’envie d'être ensemble, de passer un bon marché »

« Nous, on est de la vallée, on vient du côté de Béziers. Ça fait longtemps que je fais les marchés dans la vallée » déclare Magali en installant ses légumes. Il lui faut une bonne heure de route pour arriver à Montredon. Elle répond volontiers et ouvertement. C’est d’ailleurs ici une façon d’être. « C’est la deuxième année. On est super content. Il y a des gens du plateau [du Larzac] et maintenant qu’ils savent qu’on est là, ils viennent faire les courses pour la semaine. Il y a aussi les campeurs et des gens qui viennent de plus loin. » Le marché de Montredon est particulier, « les gens sont sympas et en plus l’ambiance est très bonne. C’est très convivial. Ici, il y a l’envie d’être ensemble et de passer un bon marché. On s’offre des coups à boire. En plus avec la qualité des animations, les gens sont super contents d’être là. » Est-ce une bouffée d’oxygène dans la vie des visiteurs ? « Dans la nôtre aussi. » poursuit Magali. « On voit des gens détendus. Ça fait plaisir ».

Amaury du hameau de Potensac​

Au loin, Amaury du hameau de Potensac – Photo © JJF 2018

Au fond de la gamelle d’aligot, il y a aussi ses économies

Il n’est pas encore 19 h 00, Amaury, 17 ans, s’est installé juste après la camionnette de la ferme des Grands Causses. Déjà à l’ouvrage, il se tient bien droit devant une grosse gamelle en alu. Elle est posée sur un énorme réchaud à gaz. Surement un outil professionnel. Il est armé d’un long manche en bois qu’il trempe dans le récipient. Il le surveille très attentivement.

« Je vends de l’aligot » déclare spontanément Amaury. Il n’est pas natif du Larzac. Il y habite maintenant depuis 8 ans, au hameau de Potensac, à 5 ou 6 km de Montredon.

Il tourne et retourne l’aligot qu’il se prépare à vendre aux visiteurs du marché. Il ne faut pas qu’il attache, sinon, c’est la catastrophe. Il y a dans cette casserole, ses économies et aussi son gagne-pain. Il est serein. Il a l’habitude du marché et des jobs d’été.

« Depuis que j’ai 10 ans, je fais des feuilletés au roquefort. J’étais plus loin, là-bas » dit-il en montrant un stand vers l’entrée du village. « A 15 ans, j’ai été employé par un plus grand que moi qui faisait l’aligot. Du coup, c’est ce qui m’a un petit peu appris à faire tous les trucs nécessaires. J’ai fait ça pendant un an. A 16 ans, je suis retourné aux feuilletés. Depuis le début de la saison, je fais de l’aligot ». Il a embauché deux de ses camarades qui attendent le client. Ils sont là pour qu’au coup de feu le client lui n’attende pas avant d’être servi.

Il a déjà des perspectives de développement « des gens qui avaient bien aimé mon aligot m’ont proposé de faire de l’événementiel. Comme je n’ai pas 18 ans et pas de voiture, je ne pouvais pas trop bouger. Mais après c’est quelque chose qui pourrait être envisageable », poursuit Amaury tout en ne quittant pas des yeux sa préparation.

A cette heure, le résultat de la soirée s’annonce incertain. Amaury regarde le ciel et dit « ce soir, je ne sais pas comment ça va se passer. C’est orageux. Il ne fait pas super beau. Donc difficile à dire. On n’est qu’au début de la soirée. » En plus, cette année, il a investi. « Ceux qui faisaient l’aligot avant moi, ils épluchaient à la main. Il faisait aussi la purée à la main. Pour faire un aligot comme ça, avec des vraies pommes de terre, il fallait compter 2 jours. Là, on est sur une gamelle de 60 kg de patates et 50 kg de fromages. Alors j’ai acheté une éplucheuse à patates. C’est conséquent quand même. Pour gagner du temps, j’ai aussi acheté un presse-purée. »

Sur la question finance, « c’est chaud » dit-il, mais il pense que l’année prochaine ça ira. Il a investi pour le long terme et puis « j’ai aussi un avantage, c’est que mes parents font aussi de l’aligot. Du coup moi j’ai acheté à 50/50. A moitié prix. »

Le vendredi, dans son hameau de Potensac, c’est le jour du marché. Ses parents font l’aligot et lui il fait des crêpes. « Je suis polyvalent » conclut-il.

  René du village de Pousthomy

L’association pour conserver les anciennes variétés de pommiers présente sa production – Photo © JJF 2018

« Au départ on avait monté une association pour conserver les anciennes variétés de pommiers »

« Je n’aime pas trop les photos et encore moins parler » dit René en souriant. « Vous êtes tombé sur le seul qui n’est pas du coin ». Sous-entendu qu’il ne vient pas du plateau du Larzac. Il est de Pousthomy, petit village d’environ 200 habitants. C’est sur la route qui va de Millau à Albi, à côté de Saint- Sernin sur Rance, à l’ouest du département. « C’est encore l’Aveyron ». Tient-il à préciser.

L’histoire commence par des pommiers. « Au départ, il y a une vingtaine d’années, on avait monté une association pour conserver les anciennes variétés de pommiers.  Puis petit à petit, au bout de 10 ans, les pommiers, ils ont fait des pommes, bien sûr. On sait dit qu’il fallait en faire quelque chose ». L’association a loué une machine et tout le matériel pour faire du jus de pomme pendant 4 ou 5 ans. Depuis l’association l’a acquis. On travaille pour nous et aussi d’autres producteurs. 

« Deux jours par semaine, les gens peuvent nous amener leurs pommes. Ils amènent 100 kg de pommes et ils repartent avec 50 litres de jus pasteurisé ». René précise « c’est une petite association. Nous ne sommes que des bénévoles majoritairement retraités. »

Il a eu connaissance du marché paysan de Montredon, lorsqu’il était encore en activité. Il faisait le marché de Millau avec de la viande bio. « Il y a une dizaine d’années, on a demandé et c’est bien tombé que personne ne faisait du jus », depuis l’association est présente à chaque marché. Pour venir, René fait 1 h30 de voitures. Mais il a de bonnes raisons : « Montredon, c’est particulier. Il y a 4 maisons et jusqu’à 1.000 à 1.500 personnes qui viennent au marché. Ça vient aussi du Gard, de l’Hérault. Je ne sais pas si c’est lié à José Bové, mais l’ambiance est vraiment très bonne ». René est le seul à y faire référence. En lutte contre l’extension du camp du Larzac, José Bové est arrivé à Montredon en 1976 (lire le cinquième épisode consacré au hameau de Montredon), où il a squatté avec son épouse et un autre couple une ferme abandonnée. Une fois le combat gagné. Dès la création du marché paysan, en 1988, José Bové qui a toujours sa maison ici, s’est occupé pendant plus de 20 ans des grillades. A Montredon, aucun panneau ne fait référence à l’illustre personnage.

René est très satisfait de cette escapade hebdomadaire. « Même si c’est loin, pour l’association, c’est aussi très intéressant. On ne fait pas d’autres marchés. On vend tout notre petit stock ici », conclu-t-il avec un formidable sourire.

Cartographie des intervenants

Sur le plateau du Larzac, à Montredon, tous les mercredis de juillet et d’août, se tient le marché paysan. La rareté de l’évènement est un prétexte pour une série d’articles en sept épisodes.

Pour découvrir le contenu de chaque épisode, Cliquez ci-dessous sur ceux de votre choix.

L’épisode 1 est consacré à cet événement rare qui n’a lieu que 8 fois par an : Le marchè paysan.

L’épisode 2 est un florilège de rencontres avec les producteurs du marché.

L’épisode 3 présente la librairie éphémère installée dans l’ancienne bergerie.

L’épisode 4 est une interview du reporter photographe Martin Barzilai, auteur de l’ouvrage Refuzniks, qui est venu à Montredon dédicacer son livre.

L’épisode 5  raconte l’histoire du hameau qui est devenu un symbole. Celui de la lutte gagnée par les paysans contre l’extension du camp du Larzac en 1981. José Bové en fut un des visages emblématiques.

L’épisode 6 voyage sur cette terre aride qu’est le plateau du Larzac où Montredon est implanté.

L’épisode 7 est un reportage photo qui illustre le Larzac sous ses différents aspects

La rencontre avec Géraldine a lieu lors du reportage au marché paysan de Montredon. Géraldine est éleveuse de brebis sur le causse Bégon, au-dessus de Nant .Depuis 2011, elle est membre d’un collectif : le syndicat des éleveurs de brebis Raïoles.Qui dit brebis dit aussi laine. Elle nous explique avec talent et pédagogie le problème de la laine.  

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