Montredon. Episode 5 : le hameau

MONTREDON

Sur le Larzac en sud-Aveyron, est un hameau qui avant de devenir un symbole, a bien failli disparaître totalement. Son nom : Montredon.

Le village de Montredon visible depuis la route de Millau – Photo © JJF 2018

Dès la fin de la 1re guerre mondiale, le hameau se vide de ses habitants, à tel point que, lors du recensement de 1968, il n’y a en plus aucun. Si les deux guerres l’ont presque anéanti, en 1971, c’est une autre forme de guerre, qui le réveillera, puis le fera renaître pour devenir ce qu’il est aujourd’hui : un symbole de la solidarité et de la lutte non-violente.

Un projet d'extension du camp militaire du Larzac

Cette année-là, le gouvernement de l’époque, annonce par la voix du Ministre de la Défense, Michel Debré, le projet d’extension du camp militaire de la Cavalerie[a]. Il prévoit de multiplier la surface initiale par presque 5, en passant de 3.000 hectares à 14.000 (source Lazarc.org). De nombreuses expropriations sont prévues. Du côté des paysans du Larzac, bien que ce soit l’effroi et qu’ils n’aient aucune préparation pour mener ce genre de combat, la guerre est déclarée.

[a] Voir la carte du projet sur http://larzac .org/

Aout 2018 – Le plateau du Larzac est paisible – – Photo © JJF 2018

Une guerre anachronique contre un état et des militaires

Une guerre anachronique contre un état et des militaires qui veulent « confisquer la terre à ceux qui la cultivent ». Une guerre, dont un camp n’aura comme armes, que des brebis, des tracteurs et surtout beaucoup de solidarité. Une guerre menée par des gens non-violents, et pacifistes. Une sorte de guérilla des nerfs, où l’action collective, l’imagination et l’ingéniosité, pendant 10 ans, useront avec constance et ténacité le pouvoir parisien. Ils feront paître le bétail sous la symbolique tour Eiffel. Ils iront à la capitale en tracteur. En créant des groupements fonciers agricoles. Ils feront tout, pour compliquer la gestion de l’extension par l’administration. Ainsi, en rachetant collectivement des terres à ceux qui veulent ou qui sont contraints de vendre, ils obtiennent une multiplication des propriétaires à expulser.

Sur une terre où manque l’eau, les citernes font aussi office de porte parole – Photo © JJF 2018

C’est à Montredon, village alors abandonné, mais intégré dans le projet du gouvernement, qu’en 1975, un groupe de Millavois, d’habitants du causse et d’universitaires fondent « Larzac-Université ». Il devient l’un des symboles de la lutte.

« Volèm Viure al País » Nous voulons vivre au pays

En 1976, deux couples s’y installent. Le plus connu est José Bové et sa femme Alice. Ils squattent une ferme à l’abandon depuis 1920. Ils y vivent et y élèvent leurs brebis. L’autre couple élève des chèvres. Tous deux remettent en culture ou en pâturage des terres destinées à l’armée.

En 1981, leur combat est gagné. A peine élu Président de la République, François Mitterrand annonce l’abandon du projet d’extension.

L’histoire ne s’arrête pas là. De façon extraordinaire, ces années de lutte ont formé un esprit « Larzac », une vision de la société qui aboutissent, au fil des années à la création de nombreuses innovations dans de multiples domaines tels que, le social, l’agriculture, la gestion foncière, l’écologie, la pédagogique, le développement durable. Elles perdurent et se renouvellent, de nouvelles naissent encore aujourd’hui. En 1988, la création du marché paysan en est un reflet. (voir notre article)

Marché paysan à Montredon tous les mercredis de Juillet et Aout depuis 1988 – Plateau du Larzac – Photo © JJF 2018

Hameau, du 15e siècle, désormais bien vivant.

Ce hameau, installé depuis le 15e siècle, sur la commune de la Roque Sainte-Marguerite, est désormais bien vivant. Certains même, le cite en exemple et en font un modèle de développement.

A l’entrée du village, un panneau fixe le cadre : « Aujourd’hui, Montredon compte 8 foyers permanent, deux maisons et une roulotte de vacances, un studio locatif un gîte d’étape de 15 places utilisable en gestion libre ou avec le service restauration.

Maisons caussenardes typiques à Montredon – Plateau du Larzac – Photo © JJF 2018

Deux fermes, en bio, utilisent les terres labourables et les parcours alentours. L’une produit des veaux et des bœufs de race Aubrac. L’autre produit du lait de brebis qui est transformé sur place en tommes et en yaourts.

Le journal Gardarem Lo Larzac est un bimestriel qui parait depuis 40 ans

On trouve aussi à Montredon une entreprise de toiture, le bureau du journal Gardarem lo Larzac et le siège d’activité de 4 structures collectives. Deux pour la gestion foncière, la société civile des terres du Larzac et la société civile GFA Larzac et deux pour le développement des énergies renouvelables, la SAS Lum del Larzac et l’association les bois du Larzac.

Ils vivent et travaillent désormais au pays !

Toit typique en Lauze à Montredon – Plateau du Larzac – Photo © JJF 2018

Montredon est un village dont on reconnait immédiatement l’identité caussenarde. Les maisons basses et petites sont conformes à l’ancestrale architecture.  Les toits recouverts de Lauzes (lames de pierres calcaires) obligent à des solides murs porteurs en pierres sèches ce qui donne à l’édifice un air de solidité et un caractère rassurant.

Il est un des maillons d’une chaine entre plusieurs hameaux du Larzac qui forment un réseau. Il est au coeur d’un modèle d’organisation et de gestion du territoire conçu et mis en oeuvre par ses habitants. Ils l’ont voulu, ils se sont battus, ils ont réussi, désormais,  ils vivent et travaillent au pays !

Sur le plateau du Larzac, à Montredon, tous les mercredis de juillet et d’août, se tient le marché paysan. La rareté de l’évènement est un prétexte pour une série d’articles en sept épisodes.

Pour découvrir le contenu de chaque épisode, Cliquez ci-dessous sur ceux de votre choix.

L’épisode 1 est consacré à cet événement rare qui n’a lieu que 8 fois par an : Le marchè paysan.

L’épisode 2 est un florilège de rencontres avec les producteurs du marché.

L’épisode 3 présente la librairie éphémère installée dans l’ancienne bergerie.

L’épisode 4 est une interview du reporter photographe Martin Barzilai, auteur de l’ouvrage Refuzniks, qui est venu à Montredon dédicacer son livre.

L’épisode 5  raconte l’histoire du hameau qui est devenu un symbole. Celui de la lutte gagnée par les paysans contre l’extension du camp du Larzac en 1981. José Bové en fut un des visages emblématiques.

L’épisode 6 voyage sur cette terre aride qu’est le plateau du Larzac où Montredon est implanté.

L’épisode 7 est un reportage photo qui illustre le Larzac sous ses différents aspects

La rencontre avec Géraldine a lieu lors du reportage au marché paysan de Montredon. Géraldine est éleveuse de brebis sur le causse Bégon, au-dessus de Nant .Depuis 2011, elle est membre d’un collectif : le syndicat des éleveurs de brebis Raïoles.Qui dit brebis dit aussi laine. Elle nous explique avec talent et pédagogie le problème de la laine.  

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