Montredon. Episode 6 : le plateau du Larzac

PLATEAU DU LARZAC

Depuis le célèbre viaduc de Millau, inauguré en 2004, jusqu’au redoutable pas de l’escalette qui va vous faire descendre de 600 m d’altitude à environ 100 m, en 20 kms, en roulant à 130 km/h sur cette autoroute à 4 voies, il suffit de 30 minutes pour traverser le plateau du Larzac.

Viaduc de Millau, inauguré en 2004 – Photo © JJF 2018

 A cette vitesse, sur ce tracé très linéaire, même par beau temps, rien n’apparait de la richesse du territoire.

Vue de Millau depuis le plateau du Larzac – Photo © JJF 2018

Y-a-t-il âme qui vive ici ?

Le paysage semble monotone. Le causse ne dévoile pas son côté accueillant. La végétation apparaît très pauvre. Les villages et les aires de repos sont rares. Seuls quelques vautours tournent dans le ciel.

Comment est-il possible que ce territoire soit avec les Cévennes, inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO

depuis 2011 en tant que paysage culturel vivant de l’agropastoralisme méditerranéen ?

Ci-dessus, chardon Carline à feuilles d’acanthe - Cardabelle protégée car en voie de disparition - Photo © JJF 2018
Chardons bleus- Photo © JJF 2018

Les vautours sont présents. Ils avaient disparu. Ils ont été réintroduits de 1981 à 1986 Le site LPO Grands Causses recense 333 couples en 2011 – Photo © JJF

Genévrier avec graines – Photo © JJF

Nationale 9

Pour « s’ouvrir » au Larzac, il faut emprunter l’ancienne route, la seule, l’ancienne nationale 9, devenue D809.
Il n’y a pas si longtemps, c’était encore un périple de voyager en automobile et de passer sur le Larzac. La route réservait son lot de surprise aux chauffeurs de camions et aussi aux automobilistes. Selon la saison, les réjouissances variaient.

Moteur en surchauffe à cause des longues côtes de Millau ou de Lodève et de la chaleur d’été. Arrêt total à cause du vent du nord, glacial, qui figeait le carburant dans les durites entre le réservoir et le moteur en hiver.

Et en toute saison, les descentes vertigineuses pied sur les freins qui à force d’échauffement finissaient parfois par lâcher.

De cette époque, la grande épopée de l’automobile, en bord de route, il reste quelques traces.

Rajal del Guorp – Plateau du Larzac au loin la vallée du Tarn et en fond de vallée, la ville de Millau – Photo © JJF 2018

Un océan de pierres et de vent

L’hiver et l’été ont été fort pluvieux. En ce mois d’août 2018, le plateau est vert. Normalement, dés la fin du printemps, la sécheresse commence et la couleur fauve prend le dessus.

Deux systèmes climatiques prennent le plateau en étau : le continental et le méditerranéen.

Le causse est balayé par les vents.

  • vents en provenance du Nord (froid) en hiver, et du Nord-Est (sec), le climat est rude sur le Larzac l’hiver.
  • Il est sec et chaud l’été.
  • Des pluies diluviennes arrosent l’automne.

C’est un territoire de moyenne montagne. Il se situe entre 550 et 880 m d’altitude.

dessous pierres entassées en bordure d’un champ à Saint Martin du Larzac- Photo © JJF 2018
Mur en pierres sèches au village de La Blaquière sur le Larzac - Photo © JJF 2018

Citerne de récupération et de stockage de l’eau de pluie – Photo © JJF 2018

Un océan sans eau

Même si les pluies sont abondantes (en moyenne 1m d’eau/an), sur ce plateau calcaire, dit karstique, l’eau y est extrêmement rare. Elle traverse le sol immédiatement. Elle alimente un important réseau souterrain qui bénéficie aux vallées entourant le plateau du Larzac.

En surface, il faut absolument la retenir. De tous temps l’homme a développé des systèmes de récupérations. Il a, par exemple, pavé de pierres, le fond des dolines pour en faire des lavognes. Les dolines sont des cuvettes rondes, d’origines naturelles, dû à l’érosion (dissolution du calcaire), ou effondrement du terrain. Les lavognes, agissent comme des bassins de rétention. Elles freinent l’infiltration de l’eau tombée du ciel et donnent à boire au bétail. Aujourd’hui de nombreuses citernes mobiles sont réparties sur le territoire.

Sans elles, l’élevage n’y serait guère possible. Parfois ce sont les toits en lauze qui récupèrent l’eau. C’est le cas au hameau de Montredon, un toit amène l’eau vers une maison citerne.

Citernes, toitures, lavognes

Tout est bon pour récupérer et stocker l'eau

Une prison, des canons, des moutons

Le camp militaire du Larzac est implanté à La Cavalerie depuis 1902.

En 1959, le camp devient un lieu « d’assignés en métropole ».  Jusqu’à 3.000 Algériens y sont internés. Des marches de protestations sont organisé autour du camp. Les accords d’Evian en 1962, stopperont les assignations.

En 1971, le gouvernement de l’époque décide de l’extension du camp. Il prévoit de multiplier la surface initiale par presque 5, en passant de 3.000 hectares à 14.000 (source Lazarc.org).  

Cela donnera lieu à un combat « non-violent » pendant 10 ans.

 Le journal « Gardarem lo Larzac », créée pour l’occasion est toujours en activité.

Le Président, François Mitterand, annonce en 1981, l’abandon du projet d’extension.

En 1974, la communauté de l’Arche, prônant la non-violence, fondée en 1948, par Lanza del Vasto, s’installe  dans une ferme aux Truels, sur le causse du Larzac.

De ces années de lutte est restée un « esprit Larzac » décrit dans notre article « Portrait de Montredon ».

Défense d'entrer

Le terrain militaire est délimité par des panneaux dont beaucoup sont tagués - Photo © JJF 2018

Terrain militaire

Les tags peuvent être humoristiques - Photo © JJF 2018

Communauté de l''Arche

A la Blaquière on peut lire sur une plaque : « Le Larzac à Lanza del Vasto Serviteur de Paix- St Jean 1983 - Photo © JJF 2018

40 ans

Le journal Gardarem Lo Larzac est un bimestriel qui parait depuis 40 ans- Photo © JJF 2018

Habitat troglodyte construit en 1488 au hameau des Baumes. – Photo © JJF 2018 

Terre d'histoires

Loin devant la Bretagne, l’Aveyron serait le département où y a le plus grand nombre de dolmens en France. Annonce l’office du tourisme du Larzac, qui indique sur son site internet « Plus de 700 ont été reconnus sur le causse ». Un sentier piéton de 7 kms permet d’en découvrir certains.

Il y a aussi l’étonnant habitat troglodyte construit en 1488 au hameau des Baumes.
Les templiers et les hospitaliers ont créés de nombreux sites sur le plateau : La Cavalerie, La Couvertoirade, la Tour du Viala du Pas de Jaux  et dans la vallée du Cernon, la commanderie de Sainte-Eulalie de Cernon.  

Il existe un circuit « Templiers et Hospitaliers », à faire en vélo de 70 kms.

De nombreux hameaux typiques de l’architecture caussenarde valent le détour. L’air vivifiant du causse est idéal pour les amoureux de la marche.

Voie romaine, gîtes, eco camping, marché paysan, fermes ateliers les ressources touristiques sont nombreuses.

Brebis et agneaux dans une bergerie traditionnelle. Une Jasse – Photo © JJF 2018

Terre de paysans, d’élevages, et de rencontres

Selon le site de l’eco-camping situé sur la commune de Saint-Martin du Larzac, « Le Larzac est encore le seul lieu, en France, où le nombre de paysans est en constante augmentation. »

Brebis et chèvres ne manquent pas de place sur cet espace gigantesque. S’il y a des clôtures c’est pour qu’elles ne se sauvent pas et non pour marquer une propriété.

Pour mieux connaître l’élevage, la culture, la vie sur le plateau, le mieux est d’aller à la rencontre de ces fermiers. L’été, aux marchés paysans de Montredon (voir article) et de Potensac.

Toute l’année au magasin de producteurs fermiers à Millau, à la Maison du Larzac « La Jasse » sur l’ancienne nationale ou encore certains accueillent le visiteur directement dans leurs fermes ateliers des Grands Causses.

La Jasse – Maison du Larzac sur la RD 809 - Photo © JJF 2018
des brebis en métal au dessus de la route pour permettre de repérer de loin la Jasse Photo © JJF 2018
un vieux tracteur exposé à la Blaquière- Photo © JJF 2018

"9 millions de véhicules par an, 30 millions de touristes"

Se basant sur « 9 millions de véhicules par an et 30 millions de touristes sur l’axe Paris/Barcelone », Viaduc village, « village de marques » devait ouvrir en phase 1 initialement à l’été 2018 ce sera au printemps 2019 sur 7.500 m². Une phase 2 prévue initialement à l’été 2020 est repoussée au printemps 2021, 9.000m² soit au total 16.500 m² de surface commerciale.

Viaduc Village | The New Outlet voir la vidéo de promotion du projet que chacune et chacun se fasse son opinion.

Pour aller plus loin et découvrir le Larzac :

Sur le plateau du Larzac, à Montredon, tous les mercredis de juillet et d’août, se tient le marché paysan. La rareté de l’évènement est un prétexte pour une série d’articles en sept épisodes.

Pour découvrir le contenu de chaque épisode, Cliquez ci-dessous sur ceux de votre choix.

L’épisode 1 est consacré à cet événement rare qui n’a lieu que 8 fois par an : Le marchè paysan.

L’épisode 2 est un florilège de rencontres avec les producteurs du marché.

L’épisode 3 présente la librairie éphémère installée dans l’ancienne bergerie.

L’épisode 4 est une interview du reporter photographe Martin Barzilai, auteur de l’ouvrage Refuzniks, qui est venu à Montredon dédicacer son livre.

L’épisode 5  raconte l’histoire du hameau qui est devenu un symbole. Celui de la lutte gagnée par les paysans contre l’extension du camp du Larzac en 1981. José Bové en fut un des visages emblématiques.

L’épisode 6 voyage sur cette terre aride qu’est le plateau du Larzac où Montredon est implanté.

L’épisode 7 est un reportage photo qui illustre le Larzac sous ses différents aspects

La rencontre avec Géraldine a lieu lors du reportage au marché paysan de Montredon. Géraldine est éleveuse de brebis sur le causse Bégon, au-dessus de Nant .Depuis 2011, elle est membre d’un collectif : le syndicat des éleveurs de brebis Raïoles.Qui dit brebis dit aussi laine. Elle nous explique avec talent et pédagogie le problème de la laine.  

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