Nuit de Labeur à Midi-Libre

SAINT-JEAN DE VEDAS

Quoi de plus banal que de trouver, au petit matin, devant son café, son journal. Plus personne n’est surpris de trouver son « canard » imprimé, sur lequel on peut lire, les informations de la veille. Entre ces deux moments, s’est déroulée une nuit de labeur.

Il est 21 h 30, à Saint-Jean de Védas, dans l’Hérault, au siège du groupe de presse Midi-libre. C’est ici, que chaque nuit, dans un bruit assourdissant de cylindres qui tournent, de pièces de métal qui frottent, de chariots qui se déplacent, les rotatives achèvent une journée de fabrication des quotidiens par l’impression en quatre couleurs des journaux du Midi-Libre et de l’Indépendant.

Il y a 14 éditions différentes pour le titre Midi-Libre pour couvrir l’ancienne région Languedoc-Roussillon et l’Aveyron. Il y en a 3 éditions pour le titre L’indépendant qui concerne les départements des Pyrénées-Orientales et l’est du département de l’Aude. Au total 130.000 exemplaires en moyenne sortent chaque nuit.

Tout commence en fin de matinée, les équipes de rédaction écrivent les articles, intègrent les photos, ajustent la pagination. Une fois le journal écrit, monté et achevé sur les ordinateurs, en fin de journée, une autre équipe arrive et prend le relais.
La conception se termine, maintenant démarre la production matérielle du journal.

Le quotidien prend vie.

Tout de bleus vêtus, ouvriers spécialisés et conducteurs de machines investissent l’immeuble de l’imprimerie et prennent le contrôle des opérations. Fruit d’un savoir-faire répété chaque nuit, rôdé comme un orchestre, millimétré comme du papier à musique, chaque opérateur se met à son poste et lance de concert la phase concrète de fabrication.

Techniquement, le journal est imprimé en quadrichromie. Cela signifie qu’il y a le noir et trois couleurs superposées. Il est donc nécessaire de créer une couche par couleur.

À l’aide d’un rayon laser, l’ordinateur qui contient la maquette de l’édition, grave en un éclair, sur une plaque d’aluminium appelée offset la projection de chaque couleur pour chaque page.

Cette opération s’appelle le « flashage ». Une plaque par couleur, quatre plaques par page, cela aboutit à une consommation de 2.000 plaques par nuit. 

Ci-dessus les plaques offset d’une couleur © JJF 2018

Les plaques sont ensuite disposées et ordonnancées dans un système de distribution qui va alimenter au fur et à mesure la grosse imprimante.

L’ensemble des plaques prêtes pour l’impression – Photo © JJF 2018

Côté encres, 250 Kg sont nécessaires par couleur, soit 750 Kg auxquels s’ajoutent 500 kg pour l’encre noire.

Rotatives de Midi-Libre – Photo © JJF 2018

Le cœur de l’imprimerie est un ensemble d’impressions, de transport et de façonnage constitué de plusieurs assemblages de plusieurs machineries qui sont disposées bout à bout comme un train complet. Pour qu’il soit le moins long possible, sinon il faudrait des hangars démesurés, il est non seulement très long, mais comporte plusieurs étages. Il est d’une hauteur équivalente à immeuble de trois étages.

Comme pour le lancement des moteurs d’un énorme paquebot, la machinerie est mise en service. D’abord lentement, puis progressivement, jusqu’à tourner à plein régime. Le son monte, la vitesse est perceptible. Les ouvriers surveillent la machine avec une forte attention. C’est « comme de l’huile sur le feu », il ne faut pas les déranger.
A l’aide des multiples passerelles et escaliers en métal intégrés à la machine, ils interviennent avec célérité dès qu’une anomalie est déclenchée.

Le papier fourni en rouleau d’une tonne alimente le train d’impression. Tel un monstre, l’imprimerie en dévore 30 tonnes par nuit. Elle charge, change et évacue automatiquement les rouleaux chaque fois que nécessaire.

Le stock de papier – Photo © JJF 2018

Dans un flux continu, à une vitesse effrénée, le ruban de papier passe successivement sous les quatre plaques. Chacune transporte une des quatre encres de couleur différentes. Chacune marque de sa couleur précisément et strictement la zone nécessaire. Il ne doit pas y avoir décalage de couleurs, sinon l’impression est floue, ni de bavure, dans ce cas la page est souillée. C’est de l’addition superposée, à dose millimétrée de ces quatre couches que naissent les différentes variations colorées de chaque page.

Progressivement, le rouleau imprimé en continu est automatiquement découpé page après page. Elles sont assemblées mécaniquement. Le journal est alors complet. Il est attrapé en son milieu par un bras articulé qui le dispose sur un cintre suspendu à un chemin de fer métallique qui transporte chaque exemplaire à l’endroit du conditionnement.

L’immeuble est ainsi traversé par des milliers d’exemplaires du journal qui, dans une course folle, se suivent les uns derrière les autres d’un point à un autre.

 

Le chemin de transport des éditions – Photo © JJF 2018

Chaque exemplaire imprimé est regroupé, avec d’autres, par éditions, par quantités, puis l’ensemble est filmé, empaqueté, cerclé par deux lanières en plastique rigide. Chaque ballot prêt est envoyé par tapis roulant au service en charge de la distribution. Il prend tranquillement le chemin du quai de chargement ou l’attend le camion. Tout est fait pour qu’au matin le kiosque, le cafetier, le lecteur, dispose de son exemplaire sans se douter qu’une nuit de labeur en est le résultat.

Vers minuit, l’opération d’impression s’achève et les derniers exemplaires partent en livraison.

Des visites guidées sont organisées régulièrement. Plus d’information en cliquant ici

Comme beaucoup de journaux, le Midi-Libre est né en 1944. Il fait suite au sabordage de « L’information du Languedoc » qui après avoir assuré la transition en quatre numéros laisse la place à une presse définitivement libre.

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