Vin bio, que se cache-t-il dans la bouteille ?

HERAULT

S’il y a des sulfites dans mon vin, peut-il être bio ? Un vin sans sulfite, est-il automatiquement bio ? Le bio dans l’Hérault, faut-il mettre de l’eau dans son vin ?

Clarifions la situation du vin bio dans l'hérault

Sulfite ou pas sulfite, telle n’est pas la question ou plutôt, c’est seulement une partie de la problématique. Le vin en contient naturellement donc le vin bio aussi. Par contre il peut y avoir la mention « sans sulfites ajoutés », ce qui indique qu’aucun sulfite n’est ajouté lors de la vinification.

Le vin bio répond à une démarche en agriculture biologique. C’est un système complexe, régit par des textes et des règlements désormais fixés par l’Union Européenne (UE). La viticulture en est une des composantes à laquelle n’échappe pas le vin bio de l’Hérault.

Qu’est-ce que le vin bio ?

Le vin bio est issu de l’agriculture biologique. Il répond strictement aux critères de la réglementation bio européenne. Ce sont des exigences contraignantes qui s’appliquent depuis le mode de production jusqu’à la vinification, y compris dans l’Hérault.

Pourquoi le vin bio ?

Selon l’organisation professionnelle Sudvinbio (Montpellier), « la protection de la santé du vigneron est historiquement la première cause du passage au bio ». L’usage de pesticides pour le traitement des vignes l’exposant à des risques de maladies et de décès. Supprimer le risque de résidus de pesticides dans les vins est aussi une volonté vis-à-vis du consommateur. « 3% de la surface agricole utile en France, la viticulture conventionnelle (non bio) utilise 20 % des quantités de pesticides de synthèse » précise-t-elle. La vigne est sujette à des maladies. Cette année dans l’Hérault, le « mildiou » est la mauvaise surprise. Surnommé parfois « peste de la vigne », c’est un champignon lié à l’humidité qui entraîne le pourrissement du raisin.

Part de la vigne dans la surface agricole utile en France
Part de la vigne 3%
Part en quantité de pesticides de synthèse de la viticulture non bio dans le total agricole
viticulture conventionnelle (non bio) 20%

Vignes au mois de Mars, à proximité de Teyran dans l’Hérault Photo © JJF 2018

Quelles sont les principales contraintes ?

La production bio interdit l’usage de produits chimiques de synthèse ainsi que le recours aux OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). La gestion des mauvaise herbes (adventices) n’est plus chimique mais mécanique.

Depuis 2012, la vinification répond aussi à la législation européenne. Les ingrédients agricoles utilisés, raisin, sucre, alcool… doivent être certifiés bio. Ainsi, la mention « vin issu de raisins de l’agriculture biologique » n’est plus autorisée, car toute la chaine de production est concernée par la certification.

Y-a-t-il un délai avant d’être certifié bio ?

Il faut trois ans pour convertir un vignoble conventionnel. Le vigneron doit se soumettre à différentes règles et contrôles. Il ne peut utiliser l’étiquetage « Vin Biologique » qu’après ce délai.

Que représente le vin bio dans l’Hérault ?

Selon « L’observatoire de la Bio du Languedoc Roussillon » et « l’Agence Bio », en 2017 le département représente 2,5% de la surface mondiale du vignoble bio avec 8.227 Ha. 543 producteurs font 34 % de la production viticole bio de l’Occitanie. Le chiffre d’affaires de la viticulture bio est de 670 millions d’euros en France en 2015.

Part en % de l'Hérault dans la surface mondiale du vignoble bio
Concepteur web 2.5%
Part en % de l'Hérault dans la production viticole bio de l’Occitanie
Hérault 34%
0
Ha de vignoble bio dans l'Hérault
0
Producteurs de vins bio dans l'Hérault

Comment reconnaître un vin bio ?

https://ec.europa.eu/agriculture/organic/downloads/logo_fr

Depuis mars 2010, il y a un seul logo Européen. C’est valable aussi dans l’Hérault. La même réglementation s’applique dans l’UE. Un vin bio de l’Hérault est donc reconnu « bio » dans tous les pays de l’UE.

Le signe distinctif est désormais une petite feuille verte avec une nervure blanche entourée d’étoiles.  Le logo écrit en blanc « AB » surmonté d’un papillon, sur fond vert est exclusivement français.

Y a-t-il une demande spécifique ?

« Les gens ne viennent pas spécialement chez nous pour acheter du vin », témoigne Hayan de Biocoop, magasin spécialisé en produits Bio. « Mais c’est en cohérence avec notre offre. Le rayon vin suit la croissance du magasin ». « Bien sûr qu’on a du vin bio à la carte » dit Jean-Claude, du restaurant « l’Assiette ». « Parce que le Languedoc est une des plus grandes régions viticoles bio au monde. Les gens y sont sensibles, plus pour le rosé et le blanc ». Avec un sourire, il annonce aussi qu’il sert du vin « Végan ». [NDLR il s’agit d’un vin fabriqué sans aucun  produit d’origine animale, tel que par exemple du lait ou du blanc d’oeuf].

Le vin bio est-il plus cher ?

La vigne bio demande plus d’attention. Il y a besoin de plus de mains d’œuvres, notamment pour le désherbage. Ceci se ressent sur le prix. « C’est un équilibre précaire, mais c’est notre choix » précise Frédérick de la cave « Péché divin » à Jacou.

Le vin bio est-il moins stable ?

Frédérick de la cave « Péché divin » à Jacou, sélectionne strictement le vin bio qu’il propose à ses clients particuliers et restaurateurs. Néanmoins, il s’insurge contre une mode qu’il appelle « les vins barrés des bobos de la capitale ». Elle consiste à laisser pendant la fermentation un vin soi-disant « au naturel ». Alors que c’est aussi dans cette phase qu’un contrôle sérieux et un savoir-faire sont nécessaires pour affiner avec précision le processus. Le vin non contrôlé est alors instable. Il fermente plus tard dans la bouteille. « Il ne sent pas très bon. Ce sont de vraies bombes à retardement. Je ne commercialise pas ce genre de vin. Un vin ça doit sentir le raisin ».

Le vin bio se garde-t-il moins longtemps qu’un vin non bio ?

« Tout dépend comment il est vinifié et conservé. Bio ne veut pas dire, on ne fait rien, on laisse faire le vin. La vinification, c’est aussi savoir empêcher d’arriver ce qui ne doit pas arriver. Donc tout est contrôlé. Dans ma cave, j’ai des vins bio de 10 ans, qui se conservent admirablement » indique Frédérick.

Pour Jean-Claude, restaurateur, « quand un vin est fait, il faut le boire… je suis contre garder du vin. Imaginez que l’on meurt. On ne l’aura pas bu, c’est un problème ! » conclut-il avec un formidable sourire.

Vignes en bord de l’étang de Thau – Route de Marseillan – dans l’Hérault Photo © JJF 2018

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