Montpellier

Reportage

« Urgence pompiers. J’écoute ! »

Tempête hivernale, vent force 7, les quais du port du Cap d’Agde sont déserts. La météo est exécrable.

Même l’eau du port est agitée. C’est un dimanche soir de novembre, banal, pluvieux et gris. La nuit tombe.

« Mon mari n’est pas bien » dit la dame au téléphone. Elle vient de composer le 18. Elle est très inquiète sur l’état de santé de son conjoint. Ils sont tous les deux, seuls, à bord d’un voilier qui est amarré le long d’un quai de la zone technique.

Calmement, de façon apaisante, l’opérateur fait décrire la situation. Il ne cesse d’être rassurant, puis « On vous envoie une équipe » dit le pompier et il clôt l’appel. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonne, cette fois, c’est un opérateur du SAMU. Il appelle pour investiguer plus précisément la situation médicale. Rapidement, l’interlocuteur prévient que l’appel est transmis à un médecin. Tout aussi tranquille et serein, le Docteur demande s’il est possible de s’entretenir avec le patient. Il lui fait décrire les symptômes et décide de l’envoi sur place, en complément des pompiers, d’un médecin et d’une infirmière du SAMU.

Bien que la douleur se fasse ressentir fortement, à aucun moment, l’inquiétude envahit le malade. Au contraire, il a le sentiment d’être totalement pris en charge et d’avoir dépassé le moment le plus critique.

Le processus est bien rôdé. 15 minutes après l’appel, le médecin, l’infirmière et les pompiers sont sur place. Ils se sont débrouillés pour monter à bord de ce petit voilier d’à peine 8,50 M de long et 3 m de large, qui bouge dans tous les sens, au gré des violentes rafales. 

C’est clair, l’électrocardiogramme ne laisse guère de doute : c’est un infarctus. Une fois les premiers soins prodigués, il faut évacuer la victime en urgence.

Moins de 2 heures après l’appel, les pompiers déposent le malade sur la table d’opération du service de chirurgie cardiaque d’une clinique de Montpellier.

Depuis, plusieurs mois sont passé. Tout va bien.

Lors d’une session de formation en journalisme, le malade saisit l’opportunité pour commencer à écrire ces lignes, (et oui, c’est un reportage vécu !), il lui est, en effet, offert la possibilité de visiter le Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Hérault, le SDIS34. C’est le centre téléphonique qui a reçu  son appel d’urgence.

C’est d’ici, que toutes les opérations d’interventions ont été décidées puis pilotées.

Nord-est de Montpellier, sur la commune de Vailhauquès, en pleine garrigue, parsemée de chênes verts, 4 hectares accueillent les différents bâtiments du SDIS34. Ils ont une hauteur maximale d’un niveau.

Dès l’entrée, une longue et étroite bâtisse moderne attire l’œil. À espaces réguliers et serrés, sa façade est parsemée de grilles verticales rouge carmin. Ce sont des sortes de volets, qui donnent l’illusion d’un bloc continu de couleurs. Sur toute la longueur est attachée, une courbe en métal blanc qui dessine des ondulations. C’est la représentation d’un signe de vie : la courbe d’un rythme cardiaque, un cœur qui bat. Ce bâtiment est en effet le cœur du dispositif de la gestion des urgences de l’Hérault. C’est le centre névralgique du SDIS, notamment, poste de commandement (PC) et centre de réception des appels en provenance de tout le département.

À l’étage, une salle occupe toute la largeur du bâtiment. Éclairée par des baies vitrées, des stores viennent casser les rayons directs du soleil. La lumière y est diffuse et agréable. De chaque côté, agencée en arc de cercle, une vingtaine de box occupent l’espace en face-à-face. Des écrans, des postes informatiques, des téléphones équipent chaque box. D’un côté de la pièce, ce sont ceux des pompiers, de l’autre, face à eux, ce sont les équipes du SAMU 34.

Ici, 24 heures sur 24 des centaines de voix, affolées, inquiètes parfois énervées sont prises en charge. Ici, on gère l’urgence. Tous les appels du département arrivent ici.

Il y a 400 000 appels par an. « C’est la plus grande plateforme d’appels commune aux numéros 15, 18 et 112 de France » explique un officier. « C’est 71.000 interventions par an, soit environ une toutes les 6 minutes ».

Bien que l’atmosphère soit feutrée, calme, dans un léger brouhaha sourd, d’un ton posé et calme, comme une musique générique, irrégulière, on entend de toutes parts, sur un ton accueillant et toujours bienveillant dire ces mots : « Urgence pompiers. J’écoute ! ».

À côté, dans une salle plus petite, un ensemble de tables forment un U. Posés dessus, de nombreux moniteurs d’ordinateurs sont allumés. Sur un, une vue aérienne, est affichée. C’est en direct. Elle est transmise par un hélicoptère de la sécurité civile qui surveille un incendie. Il est de faible intensité, mais il se situe dans une zone proche d’habitations. Installé sur le fond de la salle, un écran géant reprend l’image. C’est ici que sont donnés les ordres et que le déploiement, le positionnement des forces au sol sont suivis en temps réel. Entre la salle et le terrain, les échanges radios sont quasi permanents. Une heure après, l’incendie est totalement maîtrisé. Sur l’image, apparaît une zone brûlée et quelques volutes de fumée qui demeurent.

Mais les incendies ne représentent que 11 % des interventions.

Dans 78 %, des cas, il s’agit des secours à la personne. C’est ce qui a amené à la construction de cette plateforme, partagée entre pompiers et SAMU34.

Si les uns sont majoritairement secouristes, les autres sont infirmiers ou médecins.

« Au début, dans l’adaptation de ce nouveau process très intéressant, ça a été un petit peu compliqué », confie Antoine. Il est pompier professionnel depuis 8 ans, mais volontaire depuis 12 ans. Son métier, c’est opérateur au SDIS 34.

Entre le SAMU et les pompiers, il note quelques différences dans la notion du « secours ». « Nous, on parle de victimes, eux parlent de patients. On a cette culture de l’urgence absolue. Eux, ils sont dans un domaine plus posé. Ils ont besoin de plus de renseignements avant d’engager des moyens. Nous, l’image qu’on a et qu’on garde du pompier, c’est celle où il court vers son camion. C’est à tel point, que par exemple, qu’un jeune qui vient d’arriver, s’il ne court pas pour aller vers son camion, hé bien ça ne va pas aller. Mais SAMU et pompiers sont complètement complémentaires », poursuit-il. 

En même temps, qu’il répond à un appel, il note les informations sur une fiche informatisée. Grâce à son expérience et aux premières informations recueillies, s’il suspecte un sujet médical d’importance, par informatique, il alerte le SAMU qui est juste en face de lui. Il transfert, alors le dossier à un opérateur. Pompiers et SAMU, étant dans la même salle, au besoin, s’il cela s’avère nécessaire, les intervenants peuvent se parler de vive voix.

À peine la trentaine, Antoine et son collègue Bruno, adorent leur métier. « On a souvent un grand rôle social », poursuit Bruno, « même parfois ça dépasse le secours ». Les appels peuvent être d’une toute autre nature. « On vient d’avoir un coup de fil d’une personne de 77 ans. Pas très bien, un peu fatiguée, affaiblie par la vie », dit-il avec gentillesse, « pas de famille, pas de frère, ni de sœur. Elle est dans un logement insalubre. La dame au téléphone était affolée. Elle n’avait rien de médical. Elle avait appelé la mairie et le service du logement sans aucun succès. Du coup, elle appelle les pompiers. »

« Je prends aussi des heures de garde de volontaires », explique Antoine. Sa volonté est de toujours rester en lien avec le terrain. Pour cette raison, en dehors de son travail, il intègre une caserne de Montpellier. Bruno fait de même, il est aussi volontaire dans une autre caserne. « Il faut garder le pied à l’étrier », dit-il.

Une poignée de main chaleureuse, un large sourire mutuel, mes remerciements appuyés, « c’est bien ça ! Dans le cas des accidents cardiaques, on arrive à sauver de plus en plus de victimes » se réjouissent Bruno et Antoine.

Vous pouvez suivre en temps réel les interventions du SDIS34 sur Twitter @SDIS34 ou visiter le site internet http://www.sdis34.fr