Enquête – Vous ne verrez plus votre banquier de la même façon

MONTPELLIER

Inside Job

Documentaire de 2010 sur les comportements des financiers qui donnera la crise financière de 2008. Réalisé par Charles H. Ferguson ( Etats-Unis). Il a remporté l’Oscar du meilleur film documentaire en 2011. Durée : 1H50

Drogue, sexe, milliards de dollars, tricherie, faillite et ce n’est pas une fiction. Inside job, est un reportage sortie en 2010, qui explique, témoignages à l’appui, comment, nous sommes victimes d’un hold up massif. Il est peut-être opportun de le revoir 10 ans après la chute des bourses mondiales.

L’an 2008, Lehman Brothers, grosse banque Américaine s’effondre. Elle n’a plus de cash. Comment est-ce possible ? C’est la partie la plus visible de l’iceberg. En dessous, dit-on, « c’est bien plus complexe ». Seuls des experts de haut niveau peuvent comprendre. Comprendre, c’est bien là, la clé.

Comprendre pour faire comprendre. En moins de deux heures, le réalisateur nous emporte dans les sphères de la haute finance, avec en « bonus » le fait qu’on comprenne tout. En cinq chapitres, se révèle sous les yeux du spectateur, tout un système politico financier qui s’auto protège. Tout devient limpide. Le système aurait-il pu fonctionner si le peuple avait su et compris ?

Les titres annonciateurs du mensuel Alternatives Economiques 02/1997 – Virage dangereux pour les banques – 05/97 Comment maîtriser les marchés financiers.

À force d’interviews, de séquences d’actualités, de pédagogie, le reportage montre comment on endort le citoyen afin d’éviter qu’il mette son nez dans ces pratiques. Pour cause, il est le dindon de la farce à deux titres. C’est à lui qu’on prend l’argent et c’est lui qui va rembourser les pertes financières, au travers de l’argent public et d’impôts, pendant des décennies.

Le réalisateur interroge un à un, les acteurs. La crise « n’est pas un accident ». « C’est effectivement le résultat d’un niveau élevé de criminalité » déclare un membre d’une association de consommateurs. En posant des questions simples, le réalisateur contraint à des réponses claires. Il met un nom sur les responsables. L’embarras ce lit parfois sur certains visages. Les images sont cruelles. D’autres admettent du bout des lèvres qu’il y a eu « surement des abus » ou « un mauvais contrôle de la situation ».

La presse fait l’autopsie d’une crise qui dure depuis 10 ans.

On découvre des hommes d’un cynisme à vous couper le souffle. Ils ont les poches pleines de millions de dollars. Ils fréquentent les instances du pouvoir. Certains sont mêmes élus. Ils susurrent aux oreilles des Présidents. Ils suggèrent les textes de lois favorisant leur business et pour permettre « plus de croissance par plus de libéralisme et moins de régulation ».

Bien commun, intérêt général, le film montre à quel point, ils sont étrangers à ces termes. Ils ne connaissent que le mot BONUS. Ils ont un amour immodéré de l’argent et de ce qui va avec : drogue, prostitution, casinos, jets privés, luxe… Par avidité, ils arrivent à gagner des millions en pariant contre leurs propres sociétés. Tout est permis, pour peu qu’il y ait au bout du compte un joli pactole.

« Les ultra-riches vous saluent bien », titre Courrier International au sujet de  » ceux qui ignorent la crise. Hebdo N° 932 du 10 septembre 2008.

Ils jouent avec l’argent du citoyen. Ils ont la bénédiction du pouvoir. Ils encaissent des sommes astronomiques. On comprend enfin comment ils mettent le monde en récession. À l’évidence, les gains sont si élevés que les conséquences ne les perturbent d’aucune façon. Ils ont tellement pénétré le pouvoir, qu’aujourd’hui, ils sont à nouveau en poste. Après avoir évidemment, touché leurs primes de fin d’année, ils passent une nouvelle fois par la case « départ » tout en sautant la case « prison ».

Ce reportage peut-être une révélation ou une confirmation. Sa pédagogie fait de nous des « initiés », non pas d’un délit, mais de pratiques dont il appartient à chacune et chacun de se faire sa propre opinion.

Comprendre et faire comprendre : une des multiples raisons de voir et revoir ce documentaire.

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