Anduze

Reportage

POT DE TERRE ET MAINS DE FER

A Anduze,la Poterie de la Madeleine poursuit une tradition et une passion familiale qui rayonne désormais au-delà des frontières.

Les mains tiennent fermement cette matière souple, naturelle, qui parfois, est presque liquide : la terre. Transmis de génération en génération, des gestes ancestraux, éprouvés de longue date, au fil des siècles entament leur rituel. Des doigts affirmés, surs, précis, façonnent, dessinent, imprègnent la matière. Apparaissent, puis se précisent, les contours d’un objet en devenir. C’est l’histoire d’un petit bout de terre qui ressemble à un gros bouchon et qui à force de travail, d’étapes, de soins devient une pièce de décoration mondialement connue : le vase d’Anduze.

C’est tout un savoir-faire, acquis et perfectionné au fil des siècles qui se répète et se reproduit. Il dure depuis 1610. Historiquement, ils étaient une douzaine de familles de potiers, aujourd’hui, ils ne sont plus que neuf, dont la Poterie de la Madeleine, fondée en 1987 par Vincent BIMAR et Roland ZOBEL (fils du célèbre auteur de l’ouvrage « La rue Cases-nègres »).

Guillaume BIMAR, fils de Vincent, poursuit la tradition de cette passion familiale partagée qui rayonne désormais au-delà des frontières.

Jour de pluie sur la commune de Lezan, juste à côté d’Anduze. Au bord de la route des Cévennes, un terrain d’environ 20.000 m² accueille la Poterie de la Madeleine. Bien que ce soit un jour d’Avril qui confirme le dicton qu’il ne faut pas se découvrir d’un fil, l’entrepôt est grand ouvert. Pendant que les expéditions se préparent et que la production bat son plein, le vent froid et humide s’engouffre dans l’atelier.

Des moules en plâtre, de toutes les tailles, qui devaient être tout blanc quand ils étaient tout neufs, tachés par des coulures ocre, de la terre de plusieurs sortes et de plusieurs coloris, des hommes qui vont et qui viennent,  un bruit modéré parfois perturbé par le roulement d’un chariot qui passe, ou une machine qui se met en route, des fours, des séchoirs qui envoient par brides des volutes d’air un peu plus chaud, bien agréable mais qui se dilue aussitôt dans l’atmosphère ambiante, nous voici loin du virtuel, dans un endroit réel, physique, concret, matériel, humain : un lieu où avec un peu de matières premières l’on fabrique quelque chose avec ses mains que l’on revendique, que l’on date,  que  l’on authentifie de sa signature et du sceau de la fabrique.

Au cœur du processus de fabrication, il y a l’humain. Ici tout est fait à la main. Chaque vase, chaque poterie, chaque objet en céramique est l’objet d’attention de plusieurs intervenants. Tout est bien réglé, tout est parfaitement calé. Chacun sa spécialité, chacun son poste. La seule intervention mécanique concerne le vase d’Anduze où la terre, une fois insérée dans un moule en plâtre, est ajustée et étalée à l’aide d’une sorte de pilon qui permet de réaliser avec régularité et précision, la forme principale qui ressemble à un « obus ». Elle est la base de la fabrication du vase. C’est le début de l’histoire.

Mais le vase traditionnel n’est pas la seule corde à l’arc de la Poterie de la Madeleine. Le potier a plus d’un « tour » dans son sac. Vase ou coupe d’Anduze évidemment, mais aussi, pot Biot, Mazagran, goutte, bugadier, des finitions terre cuite, émaillées turquoise, rouge, orange, cérusée, patine ancienne, des coloris flammé, jaune ou ivoire, des types de formes, des styles variés, des teintes multiples, des techniques différentes, des projets très spécifiques, parfois très complexes, font la réputation de la poterie désormais connue dans le monde entier et qui emploi presque 50 personnes.

Des célébrités, une villa à New York, l’hôtel Ha(a)ïtza, à Pyla sur Mer, réhabilité par Philippe Starck qui dispose de nombreux vases aux émaillages spécifiques, un prince d’Arabie saoudite, des villes, des villages, des jardiniers ou simplement des amoureux de l’objet, au fil des années la poterie de la Madeleine a développé des techniques, des méthodes, des styles qui permettent de satisfaire de multiples envies et de très nombreux usages différents.

A l’évidence, la production est une mécanique bien rôdée. C’est presque comme un orchestre symphonique où chacun joue sa partition individuellement dans une logique collective. Au bout du compte il y a un vase, unique, daté et signé. Les uns tournent la terre pour la transformer en pot et esquisser les premières formes du contenant, d’autres décorent, fabriquent un pied, d’autres encore réalisent à main levée, à l’aide d’un doigt, avec une stricte exactitude dans l’écartement, un sillon qui part du haut du pot vers le bas ce qui donne des stries impeccables, harmonieuses, qui semblent tourner autour de l’objet. Un sacré coup de patte pourrait-on dire ! Certains versent une terre liquide blanche pour servir de sous-couche, d’autres émaillent ou peignent un pot.

Si la terre est adaptée à chaque modèle, les gestes connus et répétés avec précision, la réussite n’est pourtant pas systématique. Rien n’est acquis. Les contraintes et les risques sont nombreux. « Tout ne se passe pas toujours parfaitement dans la fabrication, » explique Guillaume Bimar, « quand on ouvre un four on ne sait jamais ce qu’on va trouver derrière. Cela nous est arrivé d’avoir des fours [Le contenu du four (NDR)] qui « explosent » entièrement, les trois quarts du four est à jeter et on ne sait pas toujours pourquoi. Cela arrive dans tous les ateliers de céramique. Parfois on a l’explication de l’anomalie, parfois pas ».

Aux risques du métier, se rajoutent les exigences de qualité de la maison.  « Selon le projet, on va utiliser de la terre très spéciale, avec une cuisson à très haute température, pour par exemple des pièces destinées à une collectivité. Comme elle veut les disposer en extérieur, il faut que ce soit ingélif, c’est-à-dire qu’ils ne gèlent pas, car on se doute que le vase va rester dehors 365 jours par an », poursuit Guillaume Bimar.

Qu’on ne s’y trompe pas. Même si le métier est séculaire, il n’en est pas ringard pour autant. De même l’entreprise ne s’inscrit pas dans un refus de la technologie. Ce n’est pas non plus une activité qui périclite, bien au contraire, mais ici, à la Poterie de la Madeleine, c’est une « façon de faire un ouvrage » dont les critères sont plus qualitatifs qu’économiques. « Sur une pièce il y a souvent 3 à 4 heures de main d’œuvre, il y a une cuisson qui coûte une fortune », conclu Guillaume Bimar, en effet les trois fours massifs, sont alimentés en gaz. Petite anecdote, le premier four a été construit à la main par Vincent Bimar à la création de l’entreprise en raison du manque de moyens financiers.

Le souci du détail, la notion du travail bien fait, font parti de l’ADN de la Poterie de la Madeleine. Ce n’est pas un hasard si l’entreprise est labélisée Entreprise du Patrimoine Vivant, EPV ( voir en fin d’article).

C’est une activité complexe, laborieuse, aux multiples contraintes dont il est assez aisé, avec un peu de moyen de s’en affranchir. Rien de plus facile que de réduire les coûts, de faire envoler les marges en automatisant la fabrication. Certains acteurs et pas seulement d’origine asiatiques, des européens aussi, s’y sont essayé, en effet. Dans ce cas on ne peut plus parler de poteries d’Anduze. D’ailleurs, à la Poterie de la Madeleine, un sceau d’authentification est imprimé dans la terre de chaque pot.

Face à cette concurrence qui voudrait surfer sur l’attrait que porte le vase d’Anduze, mais qui n’a rien à voir avec l’activité et le savoir-faire des Potiers d’Anduze, la majorité s’est regroupée. Elle porte une démarche commune de labellisation en vue de certifier la localisation d’Anduze comme origine géographique de leur production mais aussi de garantir à la clientèle mondiale par le respect strict d’un cahier des charges, les techniques et les méthodes employées.

Un vieux métier certes, mais plein d’avenir !

Pour aller plus loin :

Visiter :

Site de la Poterie de la Madeleine  https://www.poterie.com/

A noter qu’est adossé à la poterie, un magasin ouvert 7 jours/7 du lundi au dimanche de 9 h à 19 h qui propose également de nombreux articles de décoration d’intérieur ou d’extérieur du monde entier ramené lors des nombreux voyages qu’effectue Guillaume Bimar pour promouvoir le savoir-faire de la Poterie de la Madeleine aux quatre coins du globe. Ce sont souvent des pièces uniques ou en nombre limité.

Voir le reportage photo https://www.entre2brises.fr/photo-reportage-a-la-poterie-de-la-madeleine/

A propos du label EPV – Entreprise du Patrimoine Vivant

Extrait du site http://www.patrimoine-vivant.com/

« Unique distinction d’État associée à la reconnaissance des savoir-faire d’exception, […]  il a pour objectif de récompenser l’excellence française reposant sur la maîtrise avancée de savoir-faire rares, renommés ou ancestraux. […] le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) souhaite valoriser les entreprises d’excellence française afin d’en favoriser la croissance. »

Seule distinction attribuée par les services de l’État, le label EPV

Découvrir :

 L’office de tourisme d’Anduze propose un site internet dédié baptisé Route du Vase d’Anduze. « Aujourd’hui, cette route touristique est le seul moyen de vous garantir un Vase d’Anduze de qualité, réalisé dans le respect de la tradition. » https://www.vase-anduze.fr/

Texte, prise de vues, traitement : Jean-Jacques Flandé avril 2019