L'agneau de sept heures

Temps de lecture approximatif  3 à 4 minutes

6 heures du mat. Incroyable heure ! Dans la fraîcheur de l’été s’achevant, ailleurs caniculaire, la langueur s’installe. Je me décide à me lever. Alerte orange ! Appel à la vigilance. J’entends sa respiration, profonde, précieuse. Quarante et un an qu’elle m’accompagne au plus profond de mes nuits. J’en ai des frissons de plaisir. Je la laisse dormir.

6 heures 10. Cela fait tellement longtemps que je n’ai pas réussi à me réveiller si tôt. Trop crevé par le traitement. Un corps en plein combat qui vieillit, qui s’use comme une vieille pile électrique, qui traîne ses douleurs au fil des heures ; c’est le mien.

6 heures 15, silence formidable. Les vacanciers ne sont pas levés. Le soleil perce à peine l’imposant feuillage du noyer. Vingt huit ans déjà que notre ami nous a offert cette pousse cévenole qu’on a planté là. Qu’est-il devenu ? La brise légère libère ses caresses.

6 heures 20, fumet délicieux. Je sens déjà l’odeur du café que je n’ai pas encore fait. Je suis moins fatigué, l’effet s’estompe enfin. Enfin ! Ne rageons pas, je suis bien content qu’il m’ait aidé. Le résultat est pour l’instant prometteur. Je vais me promener dans le jardin.

6 heures  30, odeur merveilleuse. Le figuier, tout surpris de me voir, m’envoie son arôme. Effluve du sud, douce et stimulante. Elle m’accompagne dans mes interminables marches ombragées ou dans mes longues lectures, allongé dans la moiteur et le hamac ressorti pour l’occasion. C’est bientôt la rentrée. C’est le goût du matin qui revient.

6 heures 40, la tête en fête. L’âme légère. J’en ai envie. Oignons, ail, romarin, thym, pommes de terre, huile d’olive rissolent dans la casserole. Un petit chablis libère son alcool. L’attrait des mets irrigue à nouveau mon cerveau. Dans mon esprit enfin clair, comme un air de Jazz, ça balance. C’est décidé je me lance.

7 heures. Un air de saxo swingue. Le temps d’une cuisson à basse température. J’explore la recette du gigot de 7 heures. Doux comme un agneau, j’envoie quelques textos. A quinze heures, attablés, on partagera en famille et avec quelques amis ce tout premier jour de levé à 6 heures.

7 heures 10. Le four à 180. J’enfourne ! La casserole en fonte, déjà bien chaude crépite. Pas de réponse à mes messages. C’est samedi, ils dorment encore. Quelle joie de se savoir debout avant les autres. Pour une fois. Je vous laisse deviner le parfum qui règne dans la casa. Le temps de déguster ces quelques mots de bonheur.

Ne dit-on pas, quand l’appétit va, tout va ?

Vivre ! Quelle aubaine ! Instants magiques d’amour et d’amitié ! Malice de la vie. Tous les sourires que vous m’offrez sont de vraies pépites. Ces mots doux que vous me glissez à l’oreille sont autant d’encouragements. Ce silencieux respect mêlé à vos regards merveilleux, votre présence discrète dans laquelle je puise du courage sont autant d’énergie pour me libérer des maux et vous écrire ces quelques mots, fragiles, difficiles.

Je vous aime

Alors merci !

Merci mon amour, merci mes enfants, merci mes amis. Sans vous rien n’est possible.

Texte, prise de vues, montage, traitement © JJF - 2023

 

Aller au contenu principal