Petite chronique d’une histoire vraie

L'éclipse de lune

Eté 65, j’ai sept ans. Le soleil est au couchant. Très lentement, la chaleur de la journée décline. Comme chaque soir, le phare des Embiez est déjà allumé. Je ne sais plus qui de nous l’a signalé en premier. C’est notre défi quotidien. Assis côte à côte, sur la banquette grise, le long du mur, les quatre enfants, sont presque éteints. La tête posée chacune sur une de mes épaules, les deux petites sucent leur pouce. Alignés ou plutôt avachis comme des sardines on est en sueur. Bien éprouvées par le soleil, le sable, le sel et la cornière en plastique du bateau gonflable, le revêtement rêche du vieux canapé achève l’œuvre de meurtrissure des jambes qui pendent des shorts. Pourtant, elles ne peuvent s’empêcher de se balancer d’avant en arrière continuant à user le tissu de l’assise. C’est le moment de digérer notre dépense d’énergie quotidienne : baignade, sauts puis remontées dans le Sevylor jaune, plongée, nage, bagarres… Posé, sur la petite table en carrelage du salon, le petit tube trinitron, dernier cri de la technologie couleur de Sony, brille face à ces huit petits yeux fatigués. Ce fut encore une sacrée journée. Le sommeil ne tardera pas à nous emporter après le diner.

Nous sommes en vacances dans l’ancienne résidence d’été des grands-parents, où cousins, cousines, oncles, tantes et amis se succèdent désormais pendant la saison estivale, selon un planning compliqué. Plus tard, les retraités encore vaillants, car c’est au 6ème étage sans ascenseur, prendront le relais jusqu’à l’hiver, puis, il sera déserté jusqu’au printemps.

Derrière, le poste de télévision portable, la grande pièce qui ne fait qu’une, se poursuit par la salle à manger. Toute en longueur, l’ensemble est parallèle à la grande terrasse qui ouvre l’appartement, par de grandes porte fenêtres vitrées, sur la grande baie de Sanary. En face perchée dans la rougeur du soir, tout en haut, notre dame de Mai semble s’évanouir dans la nuit. Les adultes penchés sur la grande table familiale, tripotant des papiers, discutent plus ou moins, mais ça ne nous intéresse pas vraiment.

Soudain, le grand-père, mon grand-père, l’auteur de « la circulaire de Grand-Papa » se tourne vers nous et nous interpelle.

  • « Les enfants, avez-vous déjà vu une éclipse de lune ? »
  • Béats et interloqués la réponse ne se fait pas attendre et en cœur nous lâchons un « Ben non ! » interrogatif.
  • Et bien « regardez » dit-il. Grand Papa se retourne alors tranquillement de façon à nous tourner le dos, puis se penche doucement en avant et d’un coup sec, de sa main gauche baisse son short et nous montre ses fesses un court instant, puis aussi sec, remet en place son vêtement .
  • Sans rien laisser paraître sur son visage, il met son chapeau de paille sur la tête, puis poursuit :« Et bien voilà, vous en avez vu une ! Allez bonne nuit ».  D’une main, il nous un fit signe d’adieu et probablement fort content de sa surprise s’en alla retrouver ma Grand-mère à son domicile. Estomaqués, pas plus mes parents que nous trouvèrent un mot à dire.

C’est ainsi que se fabriquent les souvenirs, avec mon Grand-père, c’est loin d’être le seul, car il fut une véritable usine à gags !

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